Apollo & Artemis se fait une joie et une mission de graviter dans tous les univers lifestyle. Et il est vrai que celui des vins & spiritueux est passionnant. Ainsi, la découverte du Champagne, de son histoire, ses valeurs et de son dirigeant, Ludovic du Plessis, fut une vraie joie !
Difficile de se faire une place dans l’univers impitoyable des vins et spiritueux. La concurrence y est féroce, et les facteurs qui permettent de se distinguer sont nombreux. Dès lors, lorsque Apollo & Artemis choisit de mettre en lumière une maison de Champagne, l’exigence est claire : proposer une véritable valeur ajoutée.
Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre de Champagne Telmont, à travers la parole de son président et actionnaire, Ludovic du Plessis. Un échange nourri d’intelligence et de vision, mais aussi une prise de conscience nécessaire de ce que nous devons désormais faire : « Au nom de la Terre » !
Apollo & Artemis : Pour commencer, Ludovic, pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours jusqu’à votre arrivée chez Telmont ?
Ludovic du Plessis : J’ai fait mes études à Paris, notamment à Dauphine. Mon premier job a été assez atypique : je suis parti deux ans aux Pays-Bas pour promouvoir les rosés de Côte de Provence. Ensuite, je suis rentré en France et j’ai travaillé pendant quatre ans chez Altadis, où je m’occupais du marketing des cigares cubains, honduriens et dominicains.
Un jour, j’ai eu l’idée d’organiser une dégustation cigare/champagne avec mes meilleurs collectionneurs. Tout le monde me disait que ça ne fonctionnerait jamais : on pense souvent que le cigare écrase le champagne. Mais mon grand-père disait toujours que Dom Pérignon était le meilleur des champagnes. Alors j’ai appelé la maison Dom Pérignon pour leur proposer l’idée. Ils ont accepté et m’ont envoyé Richard Geoffroy, qui était alors leur chef de cave.
Je commence la dégustation, je prends le micro, je fais mon discours… et je me trouve plutôt bon. Puis Richard Geoffroy prend la parole. Et là, je comprends que je ne suis pas si bon que ça.
Son charisme, sa vision, sa manière de parler du champagne… j’ai été fasciné.
À la fin de la soirée, je lui ai dit :
« C’est très simple : je démissionne et je viens travailler pour vous. »
Il m’a répondu qu’il ne savait même pas s’il avait un poste pour moi car il n’était que chef de cave.
Trois mois plus tard, je rejoignais Dom Pérignon pour m’occuper du marché français.
A&A : Vous restez ensuite plus de dix ans dans cet univers avant de rejoindre Rémy Cointreau. Que retenez-vous de ces années ?
L.D.P : J’ai passé dix ans chez Dom Pérignon, dont les cinq dernières à développer le marché américain. Ensuite, Rémy Cointreau m’a proposé de diriger Louis XIII, un cognac d’exception. J’ai accepté et je m’en suis occupé pendant six ou sept ans.
Mais tous les sept ans environ, je me pose la même question : qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie ? Et à un moment, je me suis dit que je voulais être entrepreneur, acheter ma propre maison de champagne et porter un projet qui ait du sens.
A&A : D’où vous vient votre passion pour le vin et le champagne ?
L.D.P : Elle remonte à mon enfance. Mon grand-père avait ouvert dans les années 60 un restaurant à Saint-Martin, dans les Caraïbes, qui s’appelait Le Mini Club. J’y passais mes étés à l’aider, au milieu des cocotiers, et à découvrir le vin, disons en le « sentant » pour rester politiquement correct.
J’ai grandi dans cet univers de gastronomie et de métiers de bouche. Très tôt, je savais que je travaillerais dans les vins et spiritueux. C’est une passion profonde : j’adore rencontrer des vignerons, comprendre comment ils travaillent leurs vins, comme récemment chez Angélus. C’est une chance immense d’exercer un métier qui est aussi une passion.
A&A : C’est ainsi que vous découvrez Telmont. Qu’est-ce qui vous a convaincu ?
L.D.P : Je me suis fixé quatre critères :
– D’abord, une maison avec une vraie histoire. Telmont est née en 1912, dans un esprit presque révolutionnaire : son fondateur décide de ne plus vendre son raisin aux grandes maisons pour faire son propre champagne.
– Ensuite, les vins devaient me parler. Je suis tombé amoureux du style Telmont : une très fine bulle, beaucoup de complexité, un vin avec du corps mais très aérien, et peu dosé en sucre.
– Je voulais aussi une maison encore habitée par une famille.
– Et enfin, le plus difficile, une maison qui avait déjà commencé sa transition vers l’agriculture biologique. Telmont avait fait ce premier pas et c’est à ce moment là que j’ai su que c’était la bonne !
A&A : Vous portez aujourd’hui le projet “Au nom de la Terre”. Quelle est votre ambition ?
L.D.P : Quand nous avons racheté Telmont avec Rémy Cointreau en 2020, qui en est devenu l’actionnaire majoritaire, l’idée était simple : démontrer qu’on peut produire un grand champagne sans compromis environnemental. Le projet repose sur une conviction : la transition doit commencer dans les vignes. En Champagne, beaucoup de choses sont faites pour la biodiversité, ce qui est formidable. Mais pour nous, il faut aller plus loin avec l’agriculture biologique.
Nous ne les opposons pas : nous les réunissons. Notre philosophie est simple : « Plus de bio pour plus de biodiversité ».
L’objectif est de montrer qu’une maison peut être à la fois radicale sur l’environnement, désirable et en croissance.
A&A : Le projet “Au nom de la Terre” commence d’abord dans les vignes. Pourquoi ?
L.D.P : Parce que tout part du sol. Nous sommes une maison de Champagne : nous avons notre propre domaine mais nous achetons aussi des raisins à des partenaires vignerons, comme 90 % des maisons.
Notre domaine, le convertir en bio, c’était relativement simple une fois la décision prise. Le vrai enjeu est de convaincre les vignerons partenaires, un par un. Pour cela, nous les accompagnons techniquement et nous payons leurs raisins environ 25 % plus cher lorsqu’ils passent en agriculture biologique. C’est un investissement important, mais essentiel si l’on veut transformer durablement la filière.
A&A : Selon vous, quel est l’impact réel de l’agriculture biologique sur le vin ?
L.D.P : Les résultats sont très clairs aujourd’hui. L’agriculture biologique améliore la santé des sols, celle des vignerons, mais aussi la qualité du vin. Comme le dit Leonardo DiCaprio, qui est investisseur chez Telmont : les effets positifs de « l’organic farming » sont désormais visibles à tous les niveaux. Les raisins sont plus résilients, plus intacts, et cela donne des vins avec plus d’énergie et de radiance. Ce n’est pas seulement mon opinion : de nombreux sommeliers et critiques le confirment.
A&A : Quel rôle Leonardo DiCaprio a-t-il joué dans votre engagement environnemental ?
L.D.P : Je connais Leonardo depuis une vingtaine d’années. C’est devenu un ami très proche. Mais l’amitié ne suffit pas pour qu’il investisse dans un projet : il est extrêmement sollicité et très bien entouré. S’il a rejoint Telmont, c’est parce que le projet faisait sens pour lui. Quand il m’a annoncé sa décision, il m’a simplement dit : « Allons-y et essayons de changer un peu cette industrie. »
C’est aussi lui qui m’a sensibilisé à ces sujets il y a des années, notamment avec un documentaire, « Can We Cool the Planet ? », qui montre que la transition écologique peut être un moteur d’innovation et d’espoir plutôt qu’un discours anxiogène.
A&A : Votre deuxième axe concerne la réduction de l’empreinte carbone. Pourquoi ne pas simplement viser la neutralité carbone ?
L.D.P : Parce que la neutralité carbone est souvent un mirage. On compense, on paie, et on peut se déclarer neutre du jour au lendemain. Cela ne change pas fondamentalement les choses.
Notre objectif est différent : atteindre le net zéro. Cela signifie réduire 90 % de notre empreinte carbone d’ici 2050, avec un passage obligé à –40 % d’ici 2030, selon les standards de Science Based Targets. C’est beaucoup plus exigeant, mais c’est la seule manière d’avoir un impact réel !
« Au fond, la logique est simple : le vin est l’essentiel, le reste n’est que du packaging ! »
Ludovic du Plessis
A&A : Quelles sont les décisions concrètes que vous avez prises pour y parvenir ?
L.D.P : D’abord, nous avons supprimé tous les coffrets cadeaux et éditions limitées. Ce sont des packagings qui vivent moins d’une minute mais représentent environ 8 % de l’empreinte carbone d’une bouteille.
Ensuite, nous avons travaillé sur la bouteille elle-même, qui représente environ 30 % de l’empreinte carbone d’une maison de Champagne. Nous avons réduit son poids et développé une bouteille de 800 grammes, plus légère que le standard.
Nous avons aussi abandonné les bouteilles transparentes pour privilégier le verre recyclé, et lancé le projet “193 000 Shades of Green” : nous utilisons toutes les nuances de verre produites, plutôt que de jeter celles qui ne correspondent pas exactement à une couleur.
A&A : Vous avez créé autour de Telmont un “collectif Au nom de la Terre”. De quoi s’agit-il exactement ?
L.D.P : C’est un collectif très organique de personnes et d’entreprises qui partagent la même envie de faire bouger les lignes. Il n’y a aucun accord commercial, aucune obligation : simplement des échanges et des inspirations croisées.
On y retrouve des profils très différents. Par exemple, une entrepreneuse au Japon qui a créé un hôtel de luxe dans les arbres avec une empreinte carbone minimale, la marque de vélos Brompton, ou encore le marin Romain Pilliard avec son projet « Use It Again », qui consiste à rénover un trimaran uniquement avec des matériaux recyclés.
L’idée est simple : réunir des acteurs de différents univers pour réfléchir ensemble et partager des solutions positives autour de l’environnement !
A&A : Plus largement, comment définissez-vous aujourd’hui le luxe ?
L.D.P : Pour moi, une maison de luxe doit d’abord avoir du sens et porter une vision. Ce n’est plus seulement une question d’image ou de marketing. Et il y a aussi une réalité très concrète : dans le luxe de demain, il ne sera plus acceptable que l’empreinte carbone du contenant soit supérieure à celle du contenu.
C’est exactement la logique que nous appliquons chez Telmont : remettre le produit et la qualité au centre, et réduire tout ce qui relève du superflu !
A&A : Merci Ludovic
L.D.P : Merci à vous
Interview menée par Paul Diey



